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B4RN n’est pas seulement une expérience réussie en matière de déploiement d’un réseau de fibre optique. Ce n’est pas non plus seulement l’affirmation d’un modèle économique viable et pérenne. B4RN est en fait le levier d’un véritable projet de développement territorial, en tant que processus de mise en mouvement des acteurs locaux en vue de participer à faire progresser, c’est à dire enrichir socialement, culturellement et économiquement le territoire concerné.

De B4RN au “B4RNland”

Il est notable que l’émergence et l’expansion du réseau B4RN a contribué à construire ce qui est appelé le “B4RNland”, littéralement le territoire de B4RN. Ce n’est pas la coopérative qui a voulu construire ce territoire. C’est la démarche coopérative autour du déploiement de la fibre optique qui a engendré un sentiment d’appartenance à cette forme inédite de territoire. En partageant, à travers une initiative citoyenne, un but commun – déployer ensemble un réseau de fibre optique en le finançant personnellement – les participants ont développé un sentiment d’appartenance qui dépasse les seules questions technique et financière.

B4RN a contribué à re-légitimer des populations pourtant reléguées et très oubliées de schémas sociaux et politiques nationaux, dans leur déclinaison localisée. En outre, chaque sociétaire incarne la concrétisation d’un projet conçu et vécu collectivement. Chacun est devenu un “B4RNlander” en construisant un “Commun”, qui est l’expression d’une volonté de vivre ensemble, tout en reprenant une certaine maîtrise de son destin, une petite part de sa souveraineté. Cette implication personnelle au sein de B4RN est, d’une certaine manière, l’expression active d’une revendication du droit à pouvoir vivre et exister librement en milieu rural tout en restant pleinement inscrit dans la Globalisation.

B4RN : un symbole

Le caractère fédérateur de B4RN est un puissant moteur de solidarité qui a redonné confiance à la population concernée. D’une part, B4RN a replacé la question de la solidarité au coeur de la communauté locale. Pour partie, c’est la participation bénévole et l’esprit d’entraide entre ses membres qui prévalent pour la construction du réseau, pour creuser les tranchées et poser la fibre optique. Ces travaux de déploiement constituent autant de “temps forts” de la vie sociale que les traditionnelles festivités. B4RN rapproche. Littéralement, c’est un symbole !

B4RN : formation et action

D’autre part, B4RN formalise le Progrès. C’est un projet qui permet de disposer  d’une technologie nouvelle qui façonne le quotidien actuel et l’avenir, comme le fût en son temps l’accès à l’électricité. C’est également une réalisation qui permet à chacun d’apprendre. Il acquiert une forme d’expertise dans le domaine de la fibre optique (pose, soudure, raccordement physique et logiciel, etc…). C’est donc un moment formateur, une expérience qui permet d’acquérir savoirs et savoir-faire. B4RN permet de démystifier ces questions techniques et technologiques. Les “B4RNlanders” sont en mesure d’apprécier librement les évidences et les enjeux qui découlent, dans leur vie quotidienne, de ce “tuyau en verre éclairé par un faisceau laser” qui participe aux “autoroutes de l’information”.

B4RN est une illustration parfaite de ce que l’on appelle la “formation-action” dans les domaines de la gestion des organisations et des projets.

B4RN : un laboratoire des usages

Enfin, d’un point de vue économique et social, ce progrès façonne le territoire en conformité avec les exigences de la Globalisation où les lieux, le temps et les produits se confondent. Cette triple unité de facteurs impose non seulement la permanence des flux mais également une somme d’arguments solides de différenciation – en termes de compétences, de débouchés et de réactivité – dans un contexte compétitif impitoyable. En effet, B4RN a permis de donner une taille critique à un marché local, jusqu’alors éclaté et inorganisé, en termes d’utilisateurs qui a permis d’attirer des prestataires de premiers rangs. Les “B4RNlanders” profitent en effet de services équivalents, voire meilleurs que les citadins britanniques. Compte-tenu de sa taille, le réseau B4RN permet d’expérimenter des usages notamment dans les domaines scolaires, au niveau de la “décentralisation” de la formation des adultes ou pour ce qui concerne le volet sanitaire et médical. C’est une forme de laboratoire, “B4RNland” est un support pour la recherche et le développement des services numériques, avant leur éventuelle “industrialisation”. Dans le même temps, cela a permis à certains acteurs du Numérique local de pouvoir se développer et se distinguer à l’échelle nationale voire au-delà. “B4RNland” est naturellement un territoire propice à l’économie numérique.

B4RN : une identité territoriale

Tous ces éléments ont participé à forger l’identité de “B4RNland” en son sein mais aussi vis-à-vis de l’extérieur. Cette identité est le miroir de ce que sont les “B4RNlanders”, dans ce qui les rassemble : volontaires, généreux, solidaires, travailleurs, curieux et pragmatiques. Peut-être sont-ce là des caractéristiques génériques, en tout cas, ce sont notamment celles-ci qui ont été révélées par B4RN quand il s’est agi de tenir tête aux injonctions de certains acteurs nationaux, inquiétés par ces iconoclastes ruraux.

Aujourd’hui confirmés dans le bien-fondé de leur action et renforcés par l’admiration suscitée par leur réussite, les “B4RNlanders” nous enseignent que le déploiement de la fibre optique  – qui est un support, à nos yeux, qui va devenir rapidement aussi vital que l’est aujourd’hui celui du réseau électrique – quand il est voulu, conçu et vécu collectivement, en dehors d’un cadre institutionnel formalisé, permet dans cette période d’incertitude généralisée de re-mobiliser le “corps social”. L’individu redevient citoyen. Il n’est plus seulement consommateur. Un “B4RNlander” est un membre de la communauté qui participe de son plein gré au projet B4RN. Il n’est plus un être isolé qui subit des choix, pris en son nom, qui lui échappent et le condamnent. Il redevient un “animal social” et solidaire, moins pessimiste quant au “Commun” où il retrouve toute sa place et son identité, il existe.

La Fruitière du Trés Haut-Débit : outil de la recomposition territoriale ?

Force est de constater qu’à travers B4RN nous voyons que la création d’un réseau d’initiative citoyenne, sous la forme d’un réseau privatif de fibre optique de dimension territoriale, est un facteur puissant de cohésion locale.

Dans les espaces ruraux chamboulés par une réorganisation territoriale administrative et politique qui rebat les cartes des frontières institutionnelles et interroge les cartes mentales, les repères et les habitudes locales, ce sont les conditions de cette cohésion, avec son cortège de dispositifs régulateurs, qui sont à réaménager. Dans un contexte où la population se sent déjà, à juste titre ou non, reléguée, voire abandonnée, cette “nouvelle donne” expose plus que jamais les pouvoirs publics locaux et leurs élus, au risque de procès en “despotisme féodal”. A contrario, le rapprochement et la simplification de la carte administrative et politique de notre pays permettra de redonner pleinement ses lettres de noblesse à la “démocratie participative”, pour construire des projets de territoires. A n’en pas douter, l’enseignement du “B4RNland” indique que tout conspire à ce que sa version française, la “Fruitière du Très Haut-Débit”, soit un puissant catalyseur au service du développement de ces espaces ruraux, en tant que moteur d’un projet de territoire !